La pluie c’est l’autre. Celui qui n’en a pas ou celui qui en a trop. Le Tarrahumara¹ qui regarde le Lacandon² de l’autre côté du Tropique du Cancer.
La pluie, l’eau, la vie. Ce liquide fabuleux qui fut à l’origine de la magie.
La pluie qui lave le cactus, abreuve la terre, balaye le trottoir.
Le bruit de la pluie attendue par tous. Ce crépitement léger qui soulage et annule les longs mois de chaleur étouffante.

Comme je l’ai dit dans un autre post, le Mexique est une terre de contrastes. Une terre prise en otage entre deux grandes cordillères.
Un nord désertique, un sud luxuriant.
Nous habitons à la frontière des tous et des riens. Entre les regards brûlés de soleil et les dos ruisselant d’humidité.
80% de la population vit dans un centre et un nord industrialisés et grands consommateurs d’eau tandis que les 20% qui restent, se nourrissent de l’agriculture et du tourisme dans une constante pénombre humide.
Une population qui grandit, qui pousse les frontières, qui consomme de tout, une agriculture vorace, des industries pollueuses d’eau qui aspirent à être aussi performantes que celles des gringos. Le pays se débat entre sa demande interne et les exigences du commerce international jusqu’au point de tomber dans un paradoxe extraordinaire : le stress hydrique. Cette terre a largement de quoi alimenter en eau toute sa population mais beaucoup de régions souffrent du manque de ce précieux liquide.
L’eau. Cette source qui semble être un acquis dans les pays industrialisés n’est pourtant pas une évidence dans de nombreux pays émergents. L’eau courante au Mexique n’est pas potable ce qui en fait un marché juteux pour une poignée de multinationales. Eh oui, le Mexicain consomme 170 litres d’eau en bouteille par an, le mettant ainsi en tête du peloton mondial des plus grands consommateurs d’eau.
Mais comme l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions, je vous dirais qu’un progrès amène souvent à certaines abhérations. Depuis que les corporations internationales s’empressent de vendre leurs bidons et bouteilles d’eau, les pouvoirs publics se ramollissent n’éprouvant plus le besoin d’améliorer les infrastructures et la distribution de l’eau. « Nous sommes en face d’un processus silencieux de privatisation de l’eau. Je ne sais pas si une entreprise publique pourrait produire une quantité d’eau suffisante pour satisfaire la population », résume Javier Bogantes, directeur du Tribunal latino-américain de l’eau.
Le problème du pavé et des bonnes intentions de l’enfer, c’est qu’ils ne concernent souvent qu’une poignée de personnes qui peuvent payer. Dans un pays où il y a plus de 60 millions de pauvres dont 20 qui « oublient » de manger tous les jours… qui peut acheter une bouteille en plastique remplie d’eau ?
Le liquide magique a toujours fait rêvé parce qu’il est intrinsèquement lié à la vie, à la mythologie et au sacré.
L’eau amène au silence respectueux.
Un élément à la fois merveilleux et diabolique qui a souvent anéanti la raison des individus. « En 1503 déjà, Léonard de Vinci conspirait avec Machiavel pour détourner le cours de l'Arno en l’éloignant de Pise, une cité avec laquelle Florence, sa ville natale, était en guerre. Des chercheurs américains ont également montré que depuis le Moyen Âge, les désordres sociaux en Afrique orientale coïncidaient avec les périodes de sécheresse. Dans les sociétés asiatiques, l'eau était un instrument de puissance politique : l'ordre social, les répressions et les crises politiques dépendaient des caprices des pluies. »³.
Aujourd’hui encore, cette matière noble est source de passions, de discordances, de violence.
Pénurie, pollution, difficultés d’accès à l’eau potable, dégradation des réserves, tout ce cocktail explosif fait que les consciences internationales s’émeuvent depuis plus de 20 ans et profitent des instances internationales pour parler d’une nouvelle gestion de l’eau, d’une manière pacifique d’aborder les problèmes de l'or bleu…sans se mettre d’accord !
Et si l’eau redevenait sacrée et intouchable ?
Imaginez des rives dépurées de conflits, des rivières communes gérées pacifiquement, une eau gratuite pour les plus démunis, un contrôle total des différentes pollutions aquatiques, des infrastructures et subventions sans contrepartie pour les zones les plus arides…
Imaginons le paysan indien de la sierra de Oaxaca replanter son maïs, chose qu’il ne fait plus depuis plus de 20 ans.
Imaginez un bien pour tous…tout naturellement.
¹Indien de l’état de Chihuahua (nord)
² Indien du Chiapas (sud)
³ http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/rubrique.html