Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au dessus de votre vie. (Marcel Proust)

vendredi 27 janvier 2012

Amours













Au-delà des mots, il y a le regard, celui qui nous porte bien après les arbres du fond de la photo.
J’aime dans le voyage cet infini que l’on n’atteint jamais. Le regard de la culture de l’autre qui nous brûle la peau. La pensée qui surprend et qui rend notre propre culture un peu fade.
J’aime aussi les effets torche d’une embrassade qui n’aurait pas lieu sur une terre plus froide, plus cartésienne. J’aime la paume des mains qui ne se ferme jamais et striée de vies qui ressemblent à des océans.
J’aime l’autre pour ce qu’il m’apporte.
J’aime la terre rouge des Suds.
J’aime la lumière du petit matin sur ma terrasse et le chant des oiseaux célébrant la naissance du jour.
 J’aime cet éternel recommencement dans mon 
impasse. 


Le Vieux












Le Vieux était là avec ses bouquins,  ses questions sans réponse, ses espoirs, ses déceptions, ses souvenirs de terre ensoleillée perdue à jamais, le vert de ses yeux fatigués d’attendre.
Le Vieux, enfoui dans le souvenir pour ne plus avoir à confronter la douleur du présent.
Le vieillissement est une chose inexorable. Il surprend, nous surprend, laisse des traces sur la peau et dans l’âme.  La porte d’entrée au repos éternel.
Un long silence traversait notre regard qui n’osait plus confronter l’autre. Nous mangions sans faim en nous posant des questions sans intérêt par respect du protocole, ce truc rassis qui faisait figure d’un phare perdu au milieu de l’océan tourmenté.
Nous posions des questions pour éviter que le bruit des fourchettes encombre nos non-dits et l’embarras de nos retrouvailles.
Le Vieux face à moi. Moi face au Vieux. 
La filiation est un chemin hasardeux semé de pierres qui écorchent parfois.  Cruellement. 

lundi 16 janvier 2012

La vulgarité

L’autre jour je suis tombée sur  LA vulgarité.
Elle était là, assise en face de la caméra et envahissait peu à peu mon espace. Un plan fixe qui laissait sans voix.
Elle trônait en martelant son lot de mots haineux.
Tac tac tac tac
Je ne mettrais pas de nom sur l'auteur de cette haine-là tant elle est vulgaire et visqueuse et je vous laisse la découvrir ici :

Il y a plus de 25 ans j’ai décidé de vivre sans télévision non pas par orthodoxie mais par peur de me laisser envahir.  Il y a certes des émissions qui resteront gravées dans ma mémoire mais il y a aussi de plus en plus de vomi médiatique.
J’ai donc décidé de  tout arrêter comme un fumeur qui sait que le cancer le guette.
Par hygiène de l'esprit.
Par amour du temps qui passe.


vendredi 16 décembre 2011

Ce léger décalage...













Il est vrai que quand je reviens  en Europe, je me sens légèrement…décalée.
Mon travail, ma boutique, ma crèmerie, c’est mon ordinateur portable. Je le prends, le balance, le maltraite, le chouchoute aussi car c’est mon unique voie lactée vers un ailleurs où des gens m’attendent. 
L’Atlantique est terriblement large.
 Aujourd’hui, j’ai travaillé les fesses posées sur un rebord de lit défait depuis plusieurs jours et en face d’un portable trônant sur une table de jardin en plastique, j'ai aimé ce moment décalé dans un espace qui ne correspond pas à ma réalité.  
Ma chambre devient peu à peu un  fouillis sympathique qui a l’air d’une escale et que personne n’ose franchir, encore moins ma sœur.
Je suis là dans une maison qui ne m’appartient pas à observer les allers et venues de mes hôtes qui font partie d'une autre vie que la mienne. Le voyage fait que des bouts de vie se collent les uns aux autres pour quelques heures, quelques jours, quelques semaines rendant la parole de l'autre précieuse.
Vers 17heures, la tête farcie d’informations importantes et probablement inutiles, je décide de faire un tour dans les vignes qui surplombent leur maison. Le jour s’en va timidement laissant un ciel qui donne du vague à l’âme. Un ciel mouillé, légèrement bleu, légèrement brouillé par le passage des nuages. Je suis seule au milieu d’un champ humide qui attend avec patience que l’hiver passe.  Il ne s’y passe rien, tout est lent, absurde et me fait penser aux racines évoquées dans les textes de Sartre.
La Touraine est une éternelle vieille fille en loden. 
Mais j’aime cela, j’aime ce moment presque vide: moi au milieu d’une vigne austère au-dessus des toits de pavillons.
Un léger décalage qui donne envie d’écrire.

mardi 18 octobre 2011

Le Jacaranda













Le Jacaranda a la particularité de pousser sur des terres très sèches. Il est comme beaucoup de gens au Mexique,  il se contente de peu mais ce peu le rend magnifique. Chaque année au mois d' avril, des grappes de fleurs violettes naissent de ses branches, véritables nuages violets qui ressemblent au lilas d' Europe. Son tronc est marron clair et ses branches font  des feuilles une fois que les fleurs sont nées. Coquetterie de la nature.
C' est un arbre qui pousse partout et nulle part à la fois, dans les grandes villes, sur les avenues polluées, sur les sites archéologiques, au bord des chemins poussiéreux, il pousse, il croît, offrant ce qu'il y a d' unique en son genre : la grâce.
Le Jacaranda ressemble aux oasis, il apporte réconfort, ombre et beauté.

lundi 25 juillet 2011

La pluie sur ma terrasse.

La pluie c’est l’autre. Celui qui n’en a pas ou celui qui en a trop. Le Tarrahumara¹ qui regarde le Lacandon² de l’autre côté du Tropique du Cancer.
La pluie, l’eau, la vie. Ce liquide fabuleux qui fut à l’origine de la magie.
La pluie qui lave le cactus, abreuve la terre, balaye le trottoir.
Le bruit de la pluie attendue par tous. Ce crépitement léger qui soulage et annule les longs mois de chaleur étouffante.
Comme je l’ai dit dans un autre post, le Mexique est une terre de contrastes. Une terre prise en otage entre deux grandes cordillères.
Un nord désertique, un sud luxuriant.
Nous habitons à la frontière des tous et des riens. Entre les regards brûlés de soleil et les dos ruisselant d’humidité.
80% de la population vit dans un centre et un nord  industrialisés et grands consommateurs d’eau tandis que les 20% qui restent, se nourrissent de l’agriculture et du tourisme dans une constante pénombre humide.
Une population qui grandit, qui pousse les frontières, qui consomme de tout, une agriculture vorace, des industries pollueuses d’eau qui aspirent à être aussi performantes que  celles des gringos. Le pays se débat entre sa demande interne et les exigences du commerce international jusqu’au point de tomber dans un paradoxe extraordinaire : le stress hydrique.  Cette terre a largement de quoi alimenter en eau toute sa population mais beaucoup de  régions souffrent du manque de ce précieux liquide.
L’eau. Cette source qui semble être un acquis dans les pays industrialisés n’est pourtant pas une évidence dans de nombreux pays émergents. L’eau courante au Mexique n’est pas potable ce qui en fait un marché juteux pour une poignée de multinationales. Eh oui, le Mexicain consomme 170 litres d’eau en bouteille par an, le mettant ainsi en tête du peloton mondial des  plus grands  consommateurs d’eau.  
Mais comme l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions, je vous dirais qu’un progrès  amène souvent  à certaines abhérations. Depuis que les corporations internationales s’empressent de vendre leurs bidons et bouteilles d’eau, les pouvoirs publics se ramollissent n’éprouvant plus le besoin d’améliorer les infrastructures et la distribution de l’eau. « Nous sommes en face d’un processus silencieux de privatisation de l’eau. Je ne sais pas si une entreprise publique pourrait produire une quantité d’eau suffisante pour satisfaire la population », résume Javier Bogantes, directeur du Tribunal latino-américain de l’eau.
Le problème du pavé et des bonnes intentions de l’enfer, c’est qu’ils ne concernent souvent qu’une poignée de personnes qui peuvent payer. Dans un pays où il y a plus de 60 millions de pauvres dont 20 qui « oublient » de manger tous les jours… qui peut acheter une bouteille en plastique remplie d’eau ?
Le liquide magique a toujours fait rêvé parce qu’il est intrinsèquement lié à la vie, à la mythologie et au sacré.
L’eau amène au silence respectueux.
Un élément à la fois merveilleux et diabolique qui a souvent anéanti la raison des individus. « En 1503 déjà, Léonard de Vinci conspirait avec Machiavel pour détourner le cours de l'Arno en l’éloignant de Pise, une cité avec laquelle Florence, sa ville natale, était en guerre. Des chercheurs américains ont également montré que depuis le Moyen Âge, les désordres sociaux en Afrique orientale coïncidaient avec les périodes de sécheresse. Dans les sociétés asiatiques, l'eau était un instrument de puissance politique : l'ordre social, les répressions et les crises politiques dépendaient des caprices des pluies. »³.
Aujourd’hui encore, cette matière noble est source de passions, de discordances, de violence.
Pénurie, pollution, difficultés d’accès à l’eau potable, dégradation des réserves, tout ce cocktail explosif fait que les consciences internationales s’émeuvent depuis plus de 20 ans et profitent des instances internationales pour parler d’une nouvelle gestion de l’eau, d’une manière pacifique d’aborder les problèmes de l'or bleu…sans se mettre d’accord !
Et si l’eau redevenait sacrée et intouchable ?
Imaginez des rives dépurées de conflits, des rivières communes gérées pacifiquement, une eau gratuite pour les plus démunis, un contrôle total des différentes pollutions aquatiques, des infrastructures et subventions sans contrepartie pour les zones les plus arides…
Imaginons le paysan indien de la sierra de Oaxaca replanter son maïs, chose qu’il ne fait plus depuis plus de 20 ans.
Imaginez un bien pour tous…tout naturellement.
¹Indien de l’état de Chihuahua (nord)
² Indien du Chiapas (sud)
³ http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/rubrique.html

lundi 27 juin 2011

Mais où est passé Hyppocrate?


Je me souviens, c’était déjà il y a une dizaine d’années (Diantre! Que le temps passe vite ! Déjà onze ans sur une terre d’emprunt !), je devais aller chez l’ophtalmo. pour une infection quelconque. On me recommande une clinique qui, au premier regard, me fait penser à l’aéroport d’Heathrow ou à celui de Zurich : une débauche de luxe dans un écrin de verre.
Je me méfie du luxe au Mexique, il est souvent signe de gangstérisme commerçant ou de blanchiment d’argent, ce qui, finalement,  revient au même.  A peine entrée dans le bureau du ministre…euh pardon du médecin…celui-ci me demande pourquoi je ne me fais pas opérer de la myopie alors que je venais pour me faire soigner d’une probable conjonctivite.  « Ben alors quoi, je suis moche avec mes culs de bouteille ? » ai-je failli lui demander, « non, répond-il  » en lisant le fond de ma pensée… « mais il faut savoir rester coquette et puis c’est plus pratique pour faire du sport »… « je porte des lentilles ou un masque et un tuba quand je fais du sport ! »…bref, voyant que je n’avais pas l’intention d’ouvrir le tiroir-caisse, il laissa tomber.
Je pris mon ordonnance, paya rapidement son assistante siliconée et ne le revis plus. Plus jamais.

La plupart des docteurs au Mexique sont des palabreurs, des marchands de tapis, des vendeurs de songes dans un pays qui vit bancal. Une terre de lumière aux valeurs siiiiiiiiii catholiques et qui finalement n’a pas été foutue de prendre en charge les besoins élémentaires de ses habitants. 

Certes, il y eut quelques balbutiements…
Dans les années 50/60, le Mexique connut les feux de la rampe : une  manne pétrolière qui modernisa le pays, des universités aspirant sincèrement à former  les nouvelles générations, des publications qui ne servaient pas de PQ, une société civile avec de l’espoir, de l’emploi, une université publique qui exportait ses chercheurs,  une médecine publique compétente, un discours politique décent et puis… plus rien ! Les premières pneumonies financières apparurent laminant ainsi la classe moyenne et tout ce qu’il y avait de fragile dans ce pays. Les Chicago Boys se présentèrent avec des solutions miracles, la médecine commença à tuer des gens, les universités à former des  sots avec des convictions. 

Le pays commença à basculer dans le vide entraînant la privatisation du…privatisable.

Je papillonne d’un thérapeute à l’autre depuis  décembre non pas parce que mon cou ressemble à un pied de commode Luis XV, mais parce que  tous les kinésithérapeutes ou médecins recommandés se sont avérés  être des bonimenteurs,  des farceurs, des crétins sans éthique.  Son propre corps devient alors un retour sur investissement, une manne juteuse pour tout thérapeute possédant un soupçon de vision commerciale. Les assureurs –d’autres commerçants sans scrupules- couvrent du bout des lèvres certains soins en nous filant des listes de toubibs dignes de l'humour noir de S.Guillon.
Ici, Hippocrate prend constamment un coup de pied au cul. Les uns meurent par omission,  les autres, ceux qui vieillissent jusqu’à la fin,  sont soit des chanceux soit des gens très privatisables.
La médecine mexicaine est ainsi devenue vulgaire, lucrative et cynique.
Sans foi ni loi.